La Compagnie

 

COMPAGNIE DÉCALÉ KONÉ

Cie « Décalé Koné » — créer sans s’enfermer dans une forme

Créée en 2013, la Cie Décalé Koné est née à la fois d’un projet artistique et d’une prise de position.

Cette année-là, Ibrahima KONE prépare « Balance », une création chorégraphique solo programmée au Pavillon Noir d’Aix-en-Provence. À l’occasion d’une demande d’aide à la création, une question lui est posée :

« Quelle danse pratiquez-vous dans cette création ? »

Sa réponse résume une posture qui accompagne depuis longtemps son parcours :

« Quand je crée, je ne pratique pas une danse, je pratique la Danse. »

La création ne reçoit pas le financement sollicité. Faute de moyens, certains matériaux du costume seront récupérés jusque dans des objets jetés. Balance sera néanmoins créée et présentée au Pavillon Noir, où elle recevra un accueil favorable du public et de la presse. Cette expérience participe à transformer une difficulté en ressource et renforce une conviction : créer ne consiste pas nécessairement à entrer dans une forme existante, mais peut aussi consister à produire sa propre forme.

Pourquoi « Décalé Koné » ?

Le mot « Décalé » n’a pas été choisi pour rechercher la différence.

Il traduit une manière de se positionner : comprendre avant d’adhérer, interroger avant de reproduire, observer la réalité avant d’appliquer une réponse déjà préparée.

Pendant longtemps, ce décalage a pu être vécu comme une distance par rapport aux cadres, aux catégories ou aux manières habituelles de faire. En créant la compagnie, il devient au contraire une position assumée : une possibilité de chercher, de proposer et de construire autrement.

« Décalé Koné » devient ainsi davantage qu’un nom artistique. Il constitue progressivement une signature : celle d’un travail qui accepte les cadres lorsqu’ils sont nécessaires, mais refuse qu’ils empêchent la recherche, l’expérimentation ou l’émergence d’autres possibilités.

Une compagnie ouverte plutôt qu’une troupe fermée

La Cie Décalé Koné ne repose pas sur la volonté de constituer autour d’elle un groupe permanent d’artistes occupant durablement les mêmes places.

Elle privilégie au contraire la circulation des artistes, intervenants, praticiens et collaborateurs, en fonction des créations, des projets, des compétences recherchées et des rencontres.

Cette mobilité est un choix.

La sédentarisation d’un groupe peut apporter une stabilité, mais elle peut aussi, lorsqu’elle devient systématique, transformer progressivement un collectif en espace fermé : les places occupées durablement deviennent alors autant de places auxquelles d’autres ne peuvent plus accéder.

La compagnie cherche donc à préserver une possibilité de renouvellement. Un artiste peut participer à une création, un professionnel contribuer à un projet, une personne apporter ponctuellement une compétence, puis laisser ensuite la place à une autre rencontre.

Il ne s’agit pas de refuser la fidélité ni les collaborations durables. Il s’agit de ne pas transformer la fidélité en propriété de la place.

De la création artistique à « A.C.T. »

Cette manière de concevoir la compagnie rejoint progressivement une préoccupation plus large qui donnera naissance à A.C.T. — Art pour Chacun et pour Tous.

A.C.T. s’est construit notamment à partir d’un constat : dans de nombreux espaces, les exclusions reposent sur des critères artistiques, sociaux, physiques, administratifs, culturels ou institutionnels, et le refus est rarement accompagné d’une possibilité différente de prendre place.

La démarche cherche au contraire à construire des espaces dans lesquels une personne puisse entrer à partir de ce qu’elle est, de ce qu’elle porte et de ce qu’elle peut apporter au collectif.

Cette orientation influence également le fonctionnement de la compagnie.

Comment défendre un art accessible à chacun tout en construisant, autour de soi, un espace artistique dont les places seraient durablement réservées aux mêmes personnes ?

La circulation des collaborateurs constitue ainsi une manière de maintenir une cohérence entre les principes défendus dans les projets et le fonctionnement même de la structure.

Créer, intervenir, expérimenter

Depuis sa création, la Cie Décalé Koné constitue un espace permettant d’articuler plusieurs dimensions du parcours :

la création chorégraphique, à travers des œuvres et des recherches artistiques ;
l’intervention artistique à visée sociale, auprès de publics et dans des environnements différents ;
la conception et la coordination de projets, souvent construits avec plusieurs structures et partenaires ;
l’expérimentation, lorsque le terrain oblige à déplacer ce qui avait été imaginé ;
la transmission, à travers la formalisation progressive des méthodes et des enseignements issus de l’expérience.

La création et l’action sociale ne constituent donc pas deux univers séparés. Elles peuvent se nourrir mutuellement : la création permet de chercher, tandis que le terrain confronte cette recherche aux personnes, aux situations et au réel.

Une compagnie en mouvement

La Cie Décalé Koné n’a pas vocation à fixer une esthétique, une équipe ou une manière unique de faire.

Elle cherche plutôt à demeurer un espace de passage, de création et de coopération, suffisamment structuré pour porter des projets et suffisamment ouvert pour permettre à de nouvelles personnes, pratiques et idées d’y entrer.

Ce principe rejoint ce qui accompagne le parcours depuis Balance :

produire une forme plutôt que reproduire celles qui existent déjà.