« Stratégie du sac vide » – Une méthode pédagogique
« STRATÉGIE DU SAC VIDE » – UNE MÉTHODE PÉDAGOGIQUE ET D’INCLUSION PAR L’ART
Une méthode développée à partir de pratiques artistiques, éducatives et sociales auprès de publics diversifiés.
INTRODUCTION
La « Stratégie du sac vide » est une méthode pédagogique de transmission par le mouvement. Elle repose sur un choix volontaire : arriver sans forme à imposer, afin de créer les conditions favorables à l’émergence du mouvement, du sens et de la relation, à partir des propositions des participants.
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DESCRIPTION DE LA METHODE : « STRATÉGIE DU SAC VIDE »
Une méthode pédagogique de transmission par le mouvement
Origine et fondements
La « Stratégie du sac vide » est une méthode pédagogique créée et développée par Ibrahima KONE depuis 2015. Elle constitue aujourd’hui le socle méthodologique, la colonne vertébrale et le fil rouge du concept « A.C.T. – Art pour Chacun et pour Tous ».
Cette méthode est née d’une expérience de terrain précise : le projet « A.C.T. à l’école », menée auprès d’élèves de classe de 5ᵉ. Lors de ces ateliers, Ibrahima KONE proposait aux jeunes de suggérer eux-mêmes des mouvements, des gestes ou des pas de danse. L’intérêt immédiat et l’engagement suscités par cette invitation ont révélé un point décisif : lorsqu’un espace de liberté réelle est restitué, le corps devient moteur de la pratique.
Ce qui était alors une intuition s’est progressivement imposé comme une nécessité pédagogique. Cette manière de faire — laisser émerger le mouvement à partir des propositions des participants — a ensuite été expérimentée et éprouvée dans d’autres contextes : auprès d’adultes en situation de handicap, en milieu carcéral, puis dans le cadre du projet « A.C.T. contre le VIH » auprès d’adultes vivant avec le VIH en 2016, et enfin lors d’un atelier pour une octogénaire non voyante en 2018.
Chaque nouveau terrain a confronté la démarche à des résistances spécifiques. En détention, notamment auprès de jeunes garçons incarcérés, les difficultés ont été particulièrement révélatrices. Beaucoup semblaient attendre des directives strictes, voire des contraintes, au moment même où un espace de liberté leur était proposé. Ces expériences ont permis de comprendre que la liberté corporelle ne peut émerger qu’à l’intérieur d’un cadre clair et sécurisant.
Au fil des interventions, une série de questions revenaient de manière récurrente : Quel type de danse allons-nous pratiquer ? Quel style, quelle technique, quel genre ? Le fait que l’intervenant soit d’origine africaine renforçait parfois des projections caricaturales, certains s’attendant à pratiquer ce qui était nommé, à tort, « la danse africaine ».
Dans certains contextes sensibles, ces désignations erronées ont pu entraîner des désistements ou des résistances supplémentaires, obligeant à déconstruire ces malentendus avant même le début du travail corporel. Ces situations ont confirmé la nécessité de sortir des catégories stylistiques pour revenir à l’essentiel : le mouvement comme expérience humaine universelle.
C’est en réponse à ces constats que la « Stratégie du sac vide » s’est construite progressivement. Elle consiste à inviter les participants à proposer eux-mêmes les mouvements qu’ils ont envie d’exécuter, en lien avec un thème commun, sans modèle à reproduire. Le cadre posé n’impose pas une forme, mais garantit un espace où chacun peut s’autoriser à bouger.
Cette méthode a été élaborée avec et grâce aux personnes accompagnées. Enfants, adolescents, adultes, personnes âgées, personnes en situation de handicap, personnes détenues, personne aveugle, publics très éloignés de la pratique artistique — tous ont contribué, par leurs questions, leurs résistances et leurs propositions, à affiner la méthode.
Après plus de vingt années de pratique et d’expérimentation, la « Stratégie du sac vide » est aujourd’hui une méthode pédagogique pleinement assumée, adaptable à des publics âgés de 4 à 80 ans, tous genres confondus, y compris auprès de personnes en situation de déficience sensorielle. Elle constitue le fondement pédagogique de l’ensemble des projets « A.C.T. », et s’inscrit désormais dans une perspective de transmission à d’autres professionnels du champ artistique, éducatif et social.
Une méthode avant une posture
Étymologie du terme « Stratégie du sac vide »
L’expression « Stratégie du sac vide » renvoie à une image volontairement simple et symbolique : celle d’un sac que l’on choisit d’apporter vide, afin de pouvoir le remplir.
Dans cette perspective, le « sac vide » n’évoque ni un manque, ni une absence, mais une disponibilité. Il signifie : « aidez-moi à faire le plein de mon sac vide », c’est-à-dire à accueillir ce qui va émerger de l’expérience, du mouvement et de la rencontre avec les autres.
La « Stratégie du sac vide » est avant tout une méthode pédagogique structurée. Elle ne se réduit ni à une posture d’intervenant, ni à une démarche intuitive, même si ces dimensions en sont des composantes essentielles.
Parler de « sac vide » ne signifie pas absence de cadre ou d’intention. Il s’agit au contraire d’un choix pédagogique conscient :
- ne pas arriver avec un contenu figé à transmettre,
- ne pas projeter une forme artistique prédéfinie,
- ne pas placer les participants dans une logique d’imitation ou de performance,
afin de créer les conditions favorables à l’émergence du mouvement, du sens et de la relation.
Le « sac vide » n’est donc pas vide de pensée, mais plein d’attention, d’écoute et de disponibilité.
Principes structurants de la méthode
La posture d’horizontalité (principe fondateur)
Au cœur de la « Stratégie du sac vide » se trouve un principe fondamental : la posture d’horizontalité.
Cette posture consiste à considérer chaque participant, quel que soit son âge, son genre, son origine, son statut social, son niveau de formation ou son rapport à la pratique artistique, comme égal en légitimité dans l’espace de l’atelier.
Dans cette méthode, il n’existe pas de hiérarchie symbolique entre celui qui anime et ceux qui participent, ni entre les participants eux-mêmes. L’intervenant n’est pas placé au-dessus, mais au même niveau, garant du cadre et du processus, sans jamais s’ériger en détenteur exclusif du savoir.
La posture d’horizontalité permet de déplacer profondément les rapports de pouvoir souvent implicites dans les situations pédagogiques. Elle favorise la confiance, l’engagement volontaire et la reconnaissance mutuelle. Chacun est invité à devenir acteur de l’expérience, sans crainte du jugement ou de l’échec.
Cette horizontalité ne nie pas le rôle de l’intervenant ; elle le redéfinit. Elle est le socle sur lequel repose l’ensemble de la méthode, et, par extension, l’ensemble du concept « A.C.T. – Art pour Chacun et pour Tous ».
La « Stratégie du sac vide » repose sur plusieurs principes pédagogiques fondamentaux.
Le mouvement précède la forme
La méthode considère que le mouvement humain précède toute danse, toute esthétique et toute technique.
Le corps est pensé comme un lieu de savoirs sensibles, porteur d’expériences, de mémoires et de capacités d’expression déjà présentes. La danse n’est pas un objectif à atteindre, mais une conséquence possible du mouvement.
L’absence de hiérarchie entre les corps
La méthode exclut toute hiérarchisation entre les participants :
- pas de niveau requis,
- pas de distinction entre « sachant » et « apprenant »,
- pas de norme corporelle dominante.
Chaque corps est reconnu comme légitime dans sa manière de bouger, de ressentir et d’entrer dans l’expérience.
Le cadre comme condition de liberté
Contrairement à une idée reçue, le « sac vide » ne signifie pas absence de cadre. La méthode repose sur un cadre clair, sécurisant et constant, garantissant :
- la sécurité physique,
- la sécurité émotionnelle,
- le respect des limites individuelles et collectives.
C’est ce cadre qui permet l’engagement volontaire et la liberté d’exploration.
L’émergence plutôt que la démonstration
Dans la « Stratégie du sac vide », l’intervenant ne montre pas un geste à reproduire. Il observe, accompagne, relance et relie les propositions issues du groupe.
La construction collective naît de l’assemblage des initiatives individuelles, dans un processus de co-construction progressive.
Rôle de l’intervenant
Dans cette méthode, le rôle de l’intervenant est fondamentalement transformé.
Il n’est ni un démonstrateur, ni un prescripteur de formes. Il est :
- garant du cadre,
- facilitateur de l’expérience,
- médiateur entre les individus et le groupe,
- observateur attentif des dynamiques corporelles et relationnelles.
L’intervenant agit comme un passeur, permettant au mouvement de circuler et de se structurer sans le figer.
Déroulement pédagogique type
Bien que la méthode s’adapte à chaque contexte, elle repose sur une logique de progression récurrente :
- Mise en disponibilité corporelle et attention à soi.
- Entrée progressive dans le mouvement.
- Exploration de situations ou de thèmes communs.
- Mise en relation des propositions individuelles.
- Construction collective éphémère.
- Retour au calme et, si pertinent, temps de verbalisation.
Cette progression n’est pas un protocole rigide, mais une trame pédagogique adaptable.
Une méthode au service de l’inclusion et de la citoyenneté
La « Stratégie du sac vide » favorise l’inclusion en supprimant les barrières habituellement liées à la pratique artistique : hiérarchie, niveau, technique, légitimité, performance.
Elle permet :
- la participation de publics éloignés de l’offre culturelle,
- la rencontre entre des personnes aux parcours très différents,
- la construction d’un espace de relation et de reconnaissance mutuelle.
- Le mouvement devient alors un langage commun, support de lien social et de citoyenneté.
Inscription dans le concept « A.C.T. – Art pour Chacun et pour Tous »
La « Stratégie du sac vide » est le fondement méthodologique du concept « A.C.T. – Art pour Chacun et pour Tous ».
Elle garantit la cohérence entre les valeurs portées par A.C.T. et leur mise en œuvre concrète sur le terrain.
Chaque projet A.C.T., quels que soient les publics ou les contextes, s’appuie sur cette méthode comme outil de transmission, d’accompagnement et de transformation sociale.
Une méthode transmissible
La « Stratégie du sac vide » a vocation à être transmise, partagée et appropriée par d’autres professionnels.
Elle constitue un cadre pédagogique structuré, adaptable à différents champs d’intervention :
- artistique,
- éducatif,
- social,
- médicosocial
- carcéral
- culturel
Son développement futur inclut des perspectives de formation, de documentation et de diffusion, afin de permettre à chacun d’en comprendre les principes et les applications.
Conclusion
La « Stratégie du sac vide » propose une autre manière de penser la transmission par l’art : une méthode fondée sur la confiance dans le corps, le collectif et le processus.
Elle invite à considérer que le mouvement précède la forme, et que c’est dans l’espace laissé libre que peuvent émerger l’expression, la relation et le sens.
